PROVINCIA AQVITANIA PRIMA :
PROVINCE de l’AQUITAINE-PREMIÈRE

Aquitaine-Première (carte)

Aperçu

Ancrée par les cités des Arvernes (Aruerni, Clermont en Auvergne) et des Bituriges (Bourges), jadis de puissantes nations, l’Aquitaine-Première comprend une vaste section de la Gaule. Elle s’étendait de la Loire aux Cévennes en comprenant l’essentiel du Massif Central. Les autres cités sont les Lémoviques (Lemouici, Limousin), Cadurques (Cadurci, Cahors), Rutènes (Ruteni, Rouergue), Gabales (Gabali, Javols) et Vellaves (Vellaui, Velay).

Sous Rome, l’Aquitaine en général était prospère et paisible. De grandes voies commerciales la traversaient, mais peu d’armées. Malgré un niveau de romanisation important, les provinces aquitaines n’ont pas laissé un nombre très élevé d’inscriptions.

Dieux attestés sur les épigraphies

Pourtant, les inscriptions nous donnent une bonne idée du panthéon des Bituriges Cubes et, dans une moindre mesure, des Arvernes.

Dans plusieurs cités, mais surtout chez les Bituriges, c’est l’énorme proportion d’invocations des numina des Auguste qui est le trait le plus frappant. L’adoration d’Auguste s’étendait (a) à la personne de l’empereur, et non seulement à son numen ; (b) à plusieurs membres de sa maison — Jules César, Livie, Drusille, Lucius César ; (c) à l’association ponctuelle du titre « Auguste » avec d’autres divinités (comme Fortune Auguste, le saint Soleil invaincu Auguste et la très intéressante locution dea Diana Augustorum « la déesse Diane des Auguste »). Cependant, il est un peu surprenant qu’on ne trouve aucune mention du « Mercure Auguste » qui reçoit si souvent cette titulature autre part. Telle dévotion aux Auguste peut surprendre dans la patrie de Vercingétorix. Mais Lyon n’est pas à grande distance ; son autel à Rome et Auguste a fourni, par son flaminat, la plus haute honneur civile des Gaules romaines. Une mythographie nationale aurait sans doute expliqué que la défaite des Gaulois n’avait pu se passer que par l’action extraordinaire d’un dieu — le divin Jules. Être défait par une divinité n’est honteuse pour personne. Au contraire, l’apparition d’un dieu chez soi est un évènement remarquable, digne à être commémoré et célébré (malgré les inconvénients qu’elle peut susciter). César Auguste, comme héritier de César, vainqueur de tant de conflits civils, restaurateur du bon ordre et patron du développement des infrastructures en Gaule, s’était gagné une renommée plus profonde et plus durable encore.

Après Auguste, son numen et les leurs de ses successeurs, le dieu le plus évoqué, c’est de loin Mercure. On a préféré la formule deo Mercurio « au dieu Mercure » aux autre appellations. Un seul surnom, « l’Arverne », est conjecturé plutôt qu’attesté ici.

Mars et Jupiter sont les autres dieux bien attestés — Mars presque toujours avec un surnom gaulois, Jupiter presque toujours comme Jupiter Optimus Maximus. La mention du « dieu Jupiter Sabasius » à Vichy sur une palme en argent repoussé révèle le culte d’un dieu thrace identifié à Dionysos par les Grecs, mais à Jupiter dans l’Occident. Vichy a d’ailleurs également eu un culte de Cybèle et Attis et un d’Isis.[1]

Sont également présentes des inscriptions honorant Apollon et Minerve, comme si en confirmation des constats de Jules César (résumant Posidonius) à propos de la religion celtique.

Quant aux génies, il est à noter l’invocation du génie de Mercure, du génie d’Apollon, et du génie de l’Arverne (ellipse pour Mercure l’Arverne ?). Distinguer un dieu de son génie est une subtilité qui pourrait trahir l’influence de la philosophie platonique ou de quelque autre motif. On a également invoqué à Néris-les-Bains les junons (génies féminins) à côté des numina des Auguste, et ça à deux reprises.

L’absence des inscriptions faisant mention des génies des lieux ou des associations est balancée en partie par le nombre de divinités topiques ou localisées : la déesse Soucona (Sagonne), Ivavus (Évaux-les-Bains), le dieu Adacrius (Vernay ; l’inscription demande du dieu le salut des deux fils des co-dédicants), Adidon (Le Puy), le dieu Ibosus (Néris-les-Bains), la déesse Mavida, Solimara (les deux à Bourges ; le nom Solimara voudrait dire « à la large vue » — un temple et ses décors lui ont été offerts). La déesse Subremis a été invoquée deux fois à Neuvy-sur-Barangeon, mais le dieu topique le plus important est Nerius deus, honoré à Néris-les-Bains. Il serait lui le propriétaire de la source thermale de cette riche bourgade.

Un des textes auxquels on a affaire est une défixio, une tablette en plomb qui, dans ce cas, maudit sept individus pour s’être perjurés et appelle aux dieux infernaux de les tourmenter. Rédigé en langue gauloise, l’interprétation du texte présente des difficultés. On émende souvent mapon arueriíatin en Maponon arueriíatin afin de le rapprocher au Maponus qu’on connaît comme un avatar britto-gaulois d’Apollon et que les érudits ont relié à Mabon ap Modron de la mythologie galloise, à Mac ind Óc de l’irlandaise. Mais mapon conviendrait aussi ; ce mot veut seulement dire « le fils, le garçon ». P.-Y. Lambert a traduit les deux premières lignes, andedion uediíumi diíiuion risun artiu mapon(on) aruerriíatin comme « J’invoque Maponos arueriiatis par la force des dieux d’en bas ». Si arueriiati- n’est pas une faute pour aruerniiati- « Arverne », il peut être expliqué comme « qui donne satisfaction ».[2] Et donc « le fils qui donne satisfaction » n’est pas moins absurde que « Maponos qui donne satisfaction ».

Agréable sentiment, une inscription invoque comme déesse le « Salut du genre humain ».

Lugdunensis III
Senonia
Belgica I
Aquitania II ← Aquitania I → Lugdunensis I

Nouempopulana

Narbonensis I

Viennensis I

Notes

L’essentiel des données ci-dessus sont tirées de l’Epigraphik-Datenbank Clauss/Slaby, une ressource capitale pour l’étude des épigraphies en-ligne. J’ai collé toutes les inscriptions d’intérêt religieux des cités de Aquitaine-Première que j’ai pu identifier : voici la liste (format texte). Si vous connaissez une inscription religieuse qui y manque, ou si vous identifiez une erreur de n’importe quelle sorte, je vous prie de m’en alerter.

English (Shakespeare)
English please!
Deutsch (Goethe)
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DEO · MERCVRIO · CETERISQ · DIIS · DEABVSQ · IMMORTALIBVS · VIDVCVS · BRIGANTICI · F · ANNO · POST · R · C · MMDCCLXV · V · S · L · M