VENERI : à VÉNUS

Vénus d'Arles
Image colorisée de la Vénus d’Arles, une représentation de Vénus des plus célèbres jamais trouvées en Gaule.Notre image est basée sur la copie de la statue en plâtre au Musée de l’Arles antique. Cette copie est en fait plus fidèle à l’aspect originel que la statue conservée au Louvre (victime d’une restauration audace).
(Musée de l’Arles antique)
Vénus de Pourrières
Sculpture de Vénus au dauphin, signalant ses affinités maritimes. Remarquer la souplesse voluptueuse de la figure. Il s’agirait d’une œuvre gallo-romaine trouvée à Pourrières dans le Var.
(Musée lapidaire d’Avignon)

Vénus a reçu un chaleureux accueil chez les Gaulois. Certes, elle n’a jamais atteint le rang des dieux les plus vantés en Gaule, et elle ne semble pas avoir eu de précurseur celtique (du moins, on ne trouve point d’épithète celtique qui lui est attribué). Sous l’Empire romain, pourtant, elle devient omniprésente. Elle apparaît souvent sur les colonnes de Jupiter ; on l’honore assez fréquemment sur les inscriptions ; son image est un motif favori chez les gens aisés. Ce sont cependant ses figurations en terre cuite ou d’autres matériaux peu coûteux qui l’établissent comme l’une des déités les plus populaires de la Gaule. Tous humbles que fussent ses adorateurs, ils recherchaient d’autant plus ardemment l’intervention indispensable de la déesse.

La fonction essentielle de Vénus est évidemment de présider sur l’amour — y compris l’attraction physique, la sexualité et même les adultères. Voilà le point principal de divergence entre Vénus et Junon, protectrice de l’institution inviolable du mariage ; Junon agit d’ailleurs comme l’antagoniste constante de Vénus dans l’Énéide, l’Iliade et d’autres textes. L’entourage de Vénus comprend bien sûr Cupidon, son fils et lieutenant, mais également Priape (dieu ithyphallique qui préside sur la fonction sexuelle masculine) et parfois Mars. Aujourd’hui comme dans l’Antiquité, on a tendance d’identifier la sexualité à la femme en tant qu’objet de désir ; c’est ainsi que Vénus représente surtout et avant tout les charmes, la beauté, l’allure de la femme.

Dans les représentations de Vénus, la déesse est d’ordinaire nue (une innovation artistique introduite par Praxitèle, mais devenue normale avant la conquête des Gaules). Les attributs de Vénus comprennent un miroir, la pomme de la discorde (laquelle Vénus a gagnée de Pâris, provoquant indirectement la Guerre de Troie), la ceinture, la colombe, le cygne, le lièvre et le myrte. Née à Cythère de la mer fécondée de l’écume issue du membre d’Uranus (selon une version du mythe), elle apparaît fréquemment parmi des coquilles et des créatures marines comme le dauphin.

À Rome, on observe plusieurs dates de fête en l’honneur de Vénus. Parmi elles sont le 18 août (Vinalia rustica, date d’inauguration du plus vieux temple de Vénus dans Rome), le 1er avril (Veneralia) et le 23 avril (fête de Vénus Érycine).

Les amours de la déesse d’amour

Vénus aurait hérité le même tempérament amoureux que son père Jupiter, à en croire les poètes. Les Hymnes dits homériques (en raison de leurs style et mètre) consacrent dès le VIIe siècle avant notre ère une longue section à l’amour de Vénus et Anchise dont le fruit est l’illustre Énée.

Les amants de Vénus les plus célèbres, cependant, sont Mars et Adonis. Dans les deux cas, le poète qui en traite le mieux est Ovide. Dans une épisode comique, Vulcain laisse un piège dans le lit de Vénus ; quand Mars et Vénus y sont pris, le dieu-forgeron invite les Olympiens à assister au spectacle.P. Ovidivs Naso, Metamorphoseon iv. Le mythe d’Adonis est plus sérieux. L’amant est mortel ; il meurt à la chasse d’un sanglier, selon Ovide. Vénus, accablée de douleurs, le transforme en anémone et institue un rite de commémoration que les femmes allaient observer en lançant chaque année des lamentations des toits.P. Ovidivs Naso, Metamorphoseon x.

Mais l’époux de Vénus, c’est Vulcain. Laid et boiteux, ce dernier est néanmoins sûr, capable et viril. Les poètes indiquent que, malgré des infidélités de l’une épouse et des jalousies de l’autre, le couple s’accorde somme toute dans un modus vivendi agréable.

Bronze de Cupidon
Statuette en bronze de Cupidon ailé, découverte à Lyon.
(Musée de la civilisation gallo-romaine, Lyon)
Cupidon et Psyché
Charmante statuette de Cupidon et Psyché en terre cuite de Cologne, découverte à Tongres (Limbourg).
(Gallo-Romeins Museum, Tongres)

Cupidon

Horace qualifie Vénus de mater cupidinum, mère des desirs ou des amours,Q. Horativs Flaccvs, Carmina i: 19. et c’est ainsi que l’on considère le dieu Amour (Cupidon) comme le fils de Vénus. Comme c’est naturel, on discute qui en est le père... Il est normalement ailé — du moins depuis l’œuvre d’Apulée — et porte les flèches qui rendent amoureux les dieux et les mortels. On le représente soit comme enfant, soit comme adulte. Le premier motif est repris par les cupidons et les chérubins de l’art moderne. Le dernier implique surtout le jolie mythe d’Amour et Psyché que l’on retrouve chez Apulée,L. Apvleivs Madavrensis, Asinus aureus siue Metamorphoses iv.28–vi.25. lequel symbolise les effets (heureux et autres) de l’amour sur l’âme (Ψυχή, psychè en grec). Les deux motifs sont aussi populaires dans l’Antiquité que de nos jours (rappelons les œuvres sublimes de Canova, de Rodin, de Bouguereau sur ce thème...).

Les Grâces

Trois autres déesses de l’entourage de Vénus sont les Grâces : Euphrosyne (l’allégresse), Thalie (la plénitude) et Aglaé (la beauté splendide). En tant que trio (et depuis Hésiode on n’en conçoit guère autrement), elles représentent la vivacité, la vie joyeuse et pleine. En Gaule, elles ne semblent pas avoir reçu de culte, mais elles peuvent figurer sur les mosaïques et d’autres éléments décoratifs (tout comme les peintures et les sculptures des Trois Grâces qui ont connu une certaine vogue depuis la Renaissance).


Gallerie

Vénus de Praxitèle
Buste de Vénus trouvé à Cologne, une copie romaine d’une œuvre de Praxitèle.
(Römisch-Germanisches Museum, Cologne)
Vénus drapée
Statuette en terre cuite d’une Vénus drapée.
(Musée Saint-Remi, Reims)
Vénus (colonne de Jupiter)
Relief de Vénus au miroir sur une colonne de Jupiter.
(Römisch-Germanisches Museum, Cologne)
Vénus dans une édicule
Vénus nue, sortant de la mer. Il s’agit ici d’une plaque en terre cuite qu’on pourrait afficher dans un petit sanctuaire domestique. Les productions de ce genre sont les indicateurs typiques du culte de Vénus en milieux populaires.
(Musée Roulin, Autun)
Vénus en terre cuite
Statuette en terre cuite de Vénus.
(Musée de la civilisation gallo-romaine, Lyon)
Vénus (bronze)
Bronze de Vénus à la pomme de la discorde.
(Römisch-Germanisches Museum, Cologne)

Vénus la génitrice

Vénus avait une importance particulière pour la maison julio-claudienne, car la gens julienne constatait leur descendance d’Iulus, soit Ascagne, le fils d’Énée. Or, Énée est le fils de Vénus et le mortel Anchise. Lors de la suprématie politique de Jules César, le dictateur a promu l’adoration de Vénus la génitrice du peuple romain — et plus directement de sa propre lignée. La mythologie d’Énée comme ancêtre des Romains — déjà bien connue — a été immortalisée par l’Énéide de Virgile, composée durant le principat d’Auguste.

Vénus la Génitrice figure parmi les manifestations d’une Vénus qui apporte la victoire, tout comme la Venus uictrix favorisée de Pompée (une latinisation de l’Aphrodite Nicéphore), la Venus felix adorée par Sylla, et la Venus erycina à qui on attribuait la victoire contre les Carthaginois en –215. Voici donc une Vénus dont la fonction militaire s’étend à la protection in extrémis de la chose publique (dont elle a fait poser les fondements par son illustre fils Énée...).

La Vénus céleste

Les philosophes favorisaient plutôt la « Vénus céleste » (Aphrodite Urania), qui préside à l’amour spirituel.

Statue profanée par des Chrétiens
Le fanatisme médiéval, plutôt que le temps, a réduit cet objet d’art et de culte en bloc informe.
(Rheinisches Landesmuseum, Trèves)

Sacrilège rituel chrétien

Une sculpture de Vénus à Trèves (monastère de Saint-Matthias) a reçu au Moyen-Âge une attention rituelle continue. Chaque année pendant la Sainte-Semaine, la foule s’assemblaient pour lancer des pierres contre « l’idole » provoquant. Est-ce qu’on reconnaissait en quelque sorte le culte de Vénus — féminin, sexualisé, mondain — comme une antithèse puissante du christianisme ? Les effets physiques de cette pratique sont de toute façon clairs. Une statue en marbre de type Vénus anadyomène (une Venus s’asséchant les cheveux en sortant de la mer) s’est réduite en pierre brute et amorphe.Eberhard Sauer (1996), The end of paganism in the north-western provinces of the Roman Empire, p. 92. Un symbole convenable des fruits de la culture à la païenne, puis à la chrétienne ?


Notes


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Deutsch (Goethe)
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